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[Lecture] No Home de Yaa Gyasi

Vous le savez sans doute, j’adore lire des thrillers, mais il m’arrive également de revenir à l’un de mes tout premiers genres littéraires : les romans historiques.

Dernièrement, j’ai été attirée par la sortie d’un roman traitant des sujets douloureux de l’esclavage, de la traite humaine et de la ségrégation. L’originalité de ce roman tient au fait qu’il présente deux branches d’une même famille ayant vécu l’esclavage de façon différente. Tout au long du roman, nous suivons les histoires des descendants de la famille.

Il s’agit du tout premier roman de Yaa Gyasi, une jeune américaine dont la famille est originaire du Ghana (pays dont il est largement question dans le roman).

 

No Home

*
Résumé :

« Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique. »

Mon Avis : 

J’ai été surprise par la construction du livre et j’ai cru au début que j’aurai du mal à le finir. Je pensais que la manière de raconter cette histoire était sous la forme d’un roman « classique » et que l’histoire allait se dérouler au fil des pages faisant s’entrecroiser les différents personnages. Il n’en est rien (en tout cas pas de cette manière).
Le roman est en fait construit de telle sorte qu’on a l’impression qu’il contient plusieurs nouvelles, chacune racontant la vie d’un membre de la famille. (Il s’agit en fait de l’histoire d’un seul descendant par génération même s’ils ont des frères et sœurs).
De mon point de vue, j’ai trouvé que certaines histoires étaient plus prenantes et plus fortes que d’autres, j’ai particulièrement aimé celle de Kojo Freeman (l’un des descendants d’Esi, qui porte ce nom de famille car il est le premier de sa famille à être un homme libre). Certaines nouvelles cassent un peu le rythme du roman (je pense que ça reste très subjectif et que ça dépend de notre intérêt pour l’histoire du personnage). Heureusement qu’un arbre généalogique est disponible au début du livre pour pouvoir aider à la compréhension, sinon, je pense que je me serais perdue dans ce roman!

Dans l’ensemble, ce livre permet d’avoir une première approche des différents aspects de l’esclavage et de la ségrégation car rien n’est aussi simple qu’il y paraît. On découvre par exemple que certains villages faisaient prisonniers des habitants de villages ennemis qu’ils revendaient ensuite aux blancs pour qu’ils soient mis en esclavage et envoyés en Amérique.
Nous y voyons également que même après la Guerre de Sécession, les anciens esclaves n’étaient pas en sécurité dans les territoires du nord (notamment en raison d’une loi stipulant que toute personne (de couleur) soupçonnée d’être un esclave en fuite pouvait être arrêtée sans autre forme de procès que la simple suspicion ou dénonciation).

J’ai été révoltée à la lecture de nombreux passages tant le destin des personnages était injuste et surtout tant la bêtise humaine y éclatait. On y voit à quel point les humains peuvent être bêtes et cruels contre d’autres humains. La situation pour les personnes de couleur n’a évolué que très lentement aux Etats- Unis (et aujourd’hui encore, nous savons que tout est loin d’être réglé puisqu’il y a encore de nombreux meurtres qui sont dûs au racisme). C’est toute cette contradiction de l’Amérique (qui prétend être le pays des droits de l’Homme et qui pourtant, jusque dans les années 60, imposait des séparations entre noirs et blancs dans les lieux publics). Le Ghana n’est pas épargné puisque le roman explique bien cette forme de collaboration et de marchandage d’un certain nombre des habitants de ce pays dans la traite des être humains.

C’est un roman fort, un roman pour sensibiliser les gens sur cette histoire douloureuse de l’esclavage puis de la ségrégation et du racisme en général. J’ai trouvé qu’il y avait parfois des longueurs et, à mon goût, un déséquilibre entre les histoires, c’est pourquoi même si j’ai apprécié ce roman, je ne le considère par comme un coup de cœur mais comme une lecture intéressante et nécessaire.

L’écriture est très soignée et souvent très poétique. J’ai eu envie à plusieurs reprises de noter des citations de ce livres, en voici deux qui m’ont marquées :

Effia ne comprenait pas ce besoin d’appeler une chose « bonne » et une autre « mauvaise », celle-ci « blanche » et cette autre « noire ». Dans son village, chaque chose était un tout. Chaque chose pesait le poids de tout.

Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même.

Avez-vous lu ce roman? Qu’en avez-vous pensé?

 

 

A propos de Booklets Of Kleio

Caroline, amoureuse d'Histoire, (ancienne stagiaire au Centre Historique Minier de Lewarde & ex agent d'accueil et de surveillance au Palais des Beaux Arts de Lille). Je suis depuis toujours passionnée de patrimoine avec une affection particulière pour celui du Val de Loire. J'ai beaucoup d'intérêt pour la culture en général : les musées, les expositions, la musique, la lecture, les séries tv...

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