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Le Mémorial de Caen, au cœur de la face sombre du XXème siècle.

Le Mémorial de Caen est un musée incontournable de Normandie. Il a été pensé dès 1969 par le maire de Caen de l’époque, Jean-Marie Girault. Le musée a été inauguré le 6 juin 1988 en présence du Président de la République : François Mitterrand. Cette date était au combien symbolique puisque l’issue de la Seconde Guerre Mondiale s’est jouée lors des différents débarquements sur les plages normandes.

C’était la première fois que je me rendais en Normandie et plus particulièrement à Caen pour pouvoir y passer mes partiels d’Histoire. J’ai profité d’un après-midi libre entre les épreuves pour pouvoir visiter le musée le plus important et sans doute le plus impressionnant de la ville. Je ne dis pas ça pour dénigrer les autres musées bien au contraire, mais il faut avouer que le Mémorial de Caen est véritablement mis en avant dans toute la ville.

Nous sommes arrivés en début d’après-midi mon compagnon et moi-même. A cause de la l’averse nous avons renoncé à prendre des photos de l’extérieur du Mémorial, d’ailleurs nous n’avons pas pu visiter les jardins du souvenir.
Dès notre entrée dans le hall du musée, nous avons été impressionnés par la taille du lieu et notre regard a immédiatement été attiré par la maquette en taille réelle accrochée au plafond d’un Hawker Typhon, un avion de chasse britannique.

Le hall du Mémorial est véritablement la pièce centrale du musée puisqu’elle permet d’accéder aux différentes salles thématisées sans forcément devoir faire tout le tour du musée.
Les 3 thématiques de la visite sont : « Le monde avant 1945 » ; « Le Jour J » et « Le monde après 1945 ».


Pour notre visite, nous avons suivi l’ordre chronologique des faits et avons pénétré tout d’abord dans la partie du musée dédiée au monde avant 1945. Cette salle débute par un bilan de la guerre 14-18 intitulé : « Les faillites de la paix ».

Comme tout au long du musée, il y a de nombreuses explications écrites illustrées par des objets et quelques vidéos. La suite du parcours montrait la montée en Europe des régimes totalitaires, conséquence plus ou moins directe du premier conflit mondial. Des déséquilibres dans les sociétés causés par la mort de millions d’hommes au combat, des frustrations pour des pays comme l’Italie (à qui les alliés avaient promis des territoires et qui ont finalement fait marche arrière) au moment de la signature des traités de paix…etc.

Il y a de très nombreuses explications tout au long du parcours dans le Mémorial. Le contexte est constamment rappelé aux visiteurs. De ce point de vue, c’est très réussi. L’ambiance dans le musée est parfois rendue oppressante par la configuration des salles mais aussi par les audio diffusés. Je me souviens du couloir de transition entre « La faillite de la paix » et « La France des années noires ». Il me semble qu’il y avait des bruits de bottes, de char et peut-être également un discours d’Hitler. Je n’ai plus tout cela très bien en mémoire mais l’effet était garanti.

La thématique de la « France des années noires » m’a beaucoup marquée, en particulier la vidéo qui y était diffusée. Dans cette vidéo on voyait des images de 1940 au moment de la débâcle des troupes françaises, de l’exode des populations du nord vers le sud. Ce sont surtout les images des bombardements des villes du nord de la France (d’où je suis originaire) et de la Normandie qui m’ont ému. Cette vidéo est un résumé parfait de ce qu’il s’est déroulé au cours de ces quelques semaines où la France du Maréchal Pétain a capitulé tandis que depuis Londres, Charles de Gaulle lançait son célèbre appel du 18 juin.


Une véritable machine de codage allemande est exposée dans le musée, il s’agit d’une machine Enigma qui a retenu notre attention.

La vie des Français durant l’occupation est montrée dans plusieurs salles par l’exposition d’objets du quotidien : les tickets de rationnement, les recettes pour préparer du savon maison avec les ingrédients du bord… véritable illustration du système D en vigueur à cette époque.
Bien entendu, la résistance et ses conséquences occupent une large place dans ce mémorial. La reproduction de la photographie de deux jeunes partisans soviétiques à Minsk en 1941 m’a glacé le sang.
L’autre moment fort en émotion de la visite a été le passage dans les salles consacrées aux « Génocides et violences de masse ». Rappel des atrocités commises pendant la guerre contre les juifs, les handicapés, les tziganes, les opposants politiques. Je me souviens de l’histoire d’une famille juive de Caen qui a été déportée avec de jeunes enfants, ils ne sont pas revenus de l’horreur. Des vidéos de témoins sont diffusées à l’écart, j’aurai aimé pouvoir toutes les écouter. Sur une vidéo j’ai trouvé que le son était un peu faible pour pouvoir comprendre ce qu’il se disait.
Un peu plus loin, dans une vitrine nous pouvons voir des objets ayant appartenu à des enfants déportés à Auschwitz. Que dire de plus ? J’ai quitté ces salles avec un sentiment de tristesse et d’impuissance face à l’absurdité de ces violences. On aimerait se dire que c’est du passé et que ça ne se (re)produira plus jamais et pourtant…

Les salles suivantes montrent les étapes de la libération, des bombardements comme celui terriblement meurtrier de Dresde en Allemagne, mais aussi la face sombre de la libération, l’épuration. Pendant les semaines qui ont succédé au départ des Allemands, une partie de la population s’est vengée contre les « collabo », mais également contre les femmes qui entretenaient des relations amoureuses avec des Allemands. Il y a eu des exécutions sommaires, des humiliations en place publique comme durant la tonte des « femmes à boche ».
Le bilan de la guerre a été très lourd, en vies humaines avec un nombre incroyable de civils impactés dans le conflit : tués pendant les bombardements, lors de représailles ou au cours des déportations. La face de l’Europe a également changé à la suite de ce conflit puisqu’il fallait tout reconstruire dans certains endroits. Le monde a également tremblé d’une frayeur nouvelle suite aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon. Enfin, le spectre de la guerre froide s’est profilé dès 1946.

C’est d’ailleurs cet « après 1945 » qui constitue le thème d’une autre partie du Mémorial.
Dans ces salles où nous pouvons découvrir des objets de la vie quotidienne, un parallèle est fait entre le mode de vie des Américains et des Européens de l’ouest et celui des populations du bloc de l’est sous domination soviétique.
J’ai trouvé que c’était une excellente idée que de présenter au centre d’une des salles d’un côté ce qui représentait les clichés du mode de vie à l’américaine (musique, électroménager, émissions télé) ; et de l’autre ceux du bloc soviétique. Les idéologies entre ces deux sociétés y était parfaitement illustré et ceci tout au long de la suite du parcours.

Nous avons pu voir entre autre la course aux armements nucléaires et bien entendu celle pour la conquête spatiale.

Cette thématique sur l’après 1945 s’achève par la situation en Allemagne, partagée à la suite de la guerre. La dernière salle est celle consacrée à la chute du mur de Berlin annonçant par la suite la chute même du bloc communiste et l’apaisement des tensions entre les Etats-Unis et la Russie.

Un pan du mur de Berlin est d’ailleurs visible dans le Mémorial ainsi qu’une voiture de la RDA, la Trabant.

Nous sommes ensuite passés dans la partie du musée spécialement dédiée aux débarquements sur les plages de Normandie. Une arme était exposée sans une vitrine, elle était recouverte de coquillage, témoin de sa longue présence dans la mer.
Cette partie du musée était assez étroite et il y avait beaucoup de monde donc nous n’avons pas pu consulter correctement toutes les vitrines.

L’exposition temporaire en cours durant notre visite était intitulée : « 1886-1945 Dessins assassins ou la corrosion antisémite en Europe ». Cette exposition présente des dessins, affiches et caricatures antisémites appartenant à un collectionneur privé : Arthur Langerman, fils de déportés juifs. L’exposition est visible jusqu’au 15 décembre 2017.
Nous avons achevé notre visite du Mémorial de Caen par la projection d’un film de 20 min sur le Jour J.

Le Mémorial de Caen vaut vraiment le détour si on veut comprendre ce qu’il s’est passé au cours du XXème siècle. Il montre à quel point les conflits étaient liés et comment le bilan de chacun a eu des conséquences.
Le Mémorial de Caen annonce qu’il faut 4 heures environ pour visiter. Nous pensons qu’il faudrait la journée entière ou même 2 jours pour pouvoir profiter au mieux de la visite du musée. Il y a en effet beaucoup de choses à lire, à voir et à écouter. Avec la fatigue des examens, si j’étais très attentive au début du parcours, sur la fin j’avoue ne pas avoir tout lu, je pense d’ailleurs que ce n’était pas possible de tout lire comme ça d’une traite. Nous avons envie de retourner au Mémorial prochainement pour pouvoir revoir certaines salles et aller dans les jardins du souvenir que nous n’avons pas pu parcourir à cause de la météo ce jour là. Il y a plusieurs restaurants (un snack, un restaurant traditionnel et un buffet ouvert uniquement aux groupes sur réservation) au sein même du Mémorial, ainsi qu’une grande boutique. Nous n’avons pas testé ces points de restauration, néanmoins, la carte du service à table est disponible sur le site du Mémorial. L’offre végétarienne y est très limitée.

Ce que j’ai aimé :
– Il y a de nombreuses explications dans toutes les salles, elles situent parfaitement le contexte et le bilan des évènements.
– Le Mémorial de Caen dispose d’une collection d’objets incroyables. Ils enrichissent la visite et permettent de s’immerger dans l’époque.
– Les nombreuses vidéos tout au long du parcours permettent de faire une pause pendant la visite.
– La configuration des salles et l’ambiance tamisée invite au calme.

Ce que j’ai le moins apprécié :
– Bien qu’il y ait de nombreuses choses à voir au Mémorial de Caen, nous avons trouvé le billet d’entrée un peu élevé. Il faut compter près de 20€ par personne. Un tarif réduit est mis en place en fonction de la situation du visiteur. Pour les habitants de Caen en revanche, l’entrée est à 5€, j’ai pu profiter de ce tarif grâce à ma carte étudiant de l’université de Caen.
– Les salles du musée sont assez sombres, étant donné le sujet du Mémorial c’est compréhensif mais on s’y sent parfois un peu oppressé bien que ce soit voulu par le musée.

N’hésitez pas à vous rendre sur le site internet du Mémorial de Caen, il y a de nombreuses informations concernant la préparation de votre visite. Ils donnent également à travers leurs articles un aperçu des salles du musée via des photos et des vidéos.

Connaissez-vous le Mémorial de Caen ? Si oui qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à me le dire dans les commentaires.

Retrouvez également mon premier article consacré à la visite du Musée de La Piscine de Roubaix.

A propos de Booklets Of Kleio

Caroline, amoureuse d'Histoire, (ancienne stagiaire au Centre Historique Minier de Lewarde & ex agent d'accueil et de surveillance au Palais des Beaux Arts de Lille). Je suis depuis toujours passionnée de patrimoine avec une affection particulière pour celui du Val de Loire. J'ai beaucoup d'intérêt pour la culture en général : les musées, les expositions, la musique, la lecture, les séries tv...

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